Je suis un journaliste en formation au sein de l'Université de Cergy-Pontoise. J'ai quelques projets média en tête, notamment au Danemark. J'aime le sport mais je me dois de toucher à tout.
L'une des mesures phares de la campagne présidentielle de François Hollande en 2012 était de taxer les revenus français les plus riches à hauteur de 75%, invitant les citoyens les plus aisés à payer plus d'impôts pour permettre le redressement de la France dans cette période de crise. Au final, après moult modifications, cette taxe sera appliquée aux plus riches entreprises. Y compris aux clubs de football, considérés par la législation française comme des sociétés à part entière. Dans un contexte de crise où de nombreuses équipes ont une dette parfois faramineuse, ce nouveau coup dur n'est pas au goût des présidents de clubs, qui ont appelé à la grève à la fin du mois de novembre.
Ce n'est pas exactement une grève qui va toucher la Ligue 1 et la Ligue 2 entre le 29 novembre et le 2 décembre prochain. Ce sera une "journée blanche" durant laquelle, selon l'UCPF (Union des clubs professionnels de football), ce week-end "sera un week-end sans match. Les clubs organiseront des journées portes-ouvertes." Ce sont des millions d'euros qui sont en jeu et cela concerne 14 clubs professionnels en France. Bien sûr, le Paris Saint-Germain sera l'une des équipes qui subiront plus la taxation que les autres, avec un dû de 20 millions d'euros, 21 joueurs ayant un salaire dépassant le million d'euros. Déjà en manque de financement et à la recherche d'investissements sûrs, l'OM (5,3 millions d'euros) et l'OL (4,9 millions) sont également concernés - dans une moindre mesure. Même chose pour Bordeaux qui va devoir donner 3,3 millions d'euros à l'État, ce qui déplaît fortement à Nicolas de Tavernost, président de M6, principal actionnaire du club girondin. L'intéressé à rencontré Alain Juppé, ancien Premier ministre et maire UMP de la capitale aquitaine : "[Il m'a] expliqué que la taxe à 75% envisagée par le gouvernement faisait peser sur l'équilibre des clubs de football et en particulier celui des Girondins. (...) [Nicolas de Tavernost] n'a pris aucune décision de retrait." Lors de la rencontre entre l'Olympique Lyonnais ce dimanche, le président de M6 a affirmé que "si nous avons des signes négatifs qui continuent à perdurer comme cette taxe à 75%, notre investissement dans le football serait à reconsidérer." Même son de cloche pour Jean-Michel Aulas qui estime que "le projet de taxation à 75% est de nature à menacer un projet comme le Grand Stade de Lyon pour l'Euro 2016. C'est une taxe anti-emploi", surenchère-t-il.
La taxe menace les travaux du Grand Stade pour J-M. Aulas
L'AS Monaco pas concerné, retour du fair-play financier
De son côté, et ce malgré son budget faisant de lui le deuxième club le plus riche derrière le PSG et avec des joueurs aux salaires faramineux (18 millions € annuels pour Radamel Falcao), l'AS Monaco jouit d'une position géo-politique lui permettant de ne pas être touché par cette réforme. Dès cet été et à l'occasion du retour du club de la Principauté en Ligue 1, une grande partie des présidents de clubs avaient anticipé l'application de cette taxe à 75% et demandé à l'ASM et son nouvel actionnaire russe de déménager son siège social en France afin d'être sous les même obligations que les autres équipes de l'élite, y compris en matière de fiscalité, au nom du "fair-play financier". Régis Juanico est en accord avec ce principe : "l'AS Monaco n'est pas concerné par la taxe exceptionnelle sur les hautes rémunérations. Si le club était soumis à la législation française, le montant de la taxe serait de 20 millions d'euros", qui, s'ajoutant aux 50 millions d'euros d'avantage fiscal annuel, représente pour l'ASM un gain de 70 millions d'euros. Pour le député socialiste, il faudrait créer "un fonds de mutualisation du même montant qui serait redistribué aux autres clubs de Ligue 1, mais aussi au football amateur."
Le gouvernement se veut rassurant
Si ce projet de réforme fait trembler le monde du football français, le gouvernement affirme être conscient des difficultés de certains clubs. La ministre des Sports, Valérie Fourneyron, assure avoir "pris en compte la fragilité [du football et] de son modèle économique. C'est pourquoi la taxation sera plafonnée à 5% de leur chiffre d'affaires." Dans les colonnes du Monde, le député socialiste Régis Juanico rappelle "que cette taxe ne sera acquittée que pour deux années : 2013 et 2014. L'assiette de la taxe de 50% concerne uniquement la part de rémunération brute supérieure à un million d'euros." Au départ, les présidents de clubs avaient prévu de faire grève à l'occasion de la prochaine journée de championnat mais en raison de leur mécontentement, François Hollande va les recevoir à la demande de la Fédération Française de Football le 31 octobre prochain. La FFF a précisé dans un communiqué publié le 23 octobre que "cette réunion aura pour finalité d'analyser la situation économique du secteur et d'échanger sur des pistes de travail prioritaires pour l'avenir du football français qu'il appartiendra à la commission (...) d'approfondir." Si à l'issue de cette rencontre aucun compromis n'est trouvé entre le gouvernement et les acteurs du football professionnel, la grève risque d'être inévitable.
V. Fourneyron et le gouvernement ont conscience de la situation du football
Une très chère grève ?
Si les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 viennent à ne pas sortir les crampons lors de ce dernier week-end de novembre, les réprcussions financières risquent de coûter cher aux clubs. Si ceux qui se déplacent n'auront pas de dépenses liées aux frais de transport, l'ensemble des équipes pâtiront du manque à gagner des tickets qui ne seront pas vendus. Et le report de ce week-end de compétition sera sûrement en semaine, en raison d'un calendrier déjà bien chargé, ce qui n'attirera pas autant les foules qu'un samedi ou un dimanche. Avec les diffuseurs officiels, Canal + et BeIn Sports, ce sera aussi problématique, selon nos confrères du Figaro. En effet, "aucune clause ne prévoit qu'une rencontre puisse être reportée en raison d'un événement autre que la météo." Si les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 venaient à boycotter ces matches, ils seraient pénalisés pour ne pas avoir respecté les contrats les liant aux diffuseurs. Enfin, même sans jouer, les joueurs devront être payés, l'Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP) affirmant "qu'il n'y a pas de raison que les footballeurs acceptent de ne pas être payés." Si en cas de boycott les clubs auront un grand manque à gagner, les présidents de clubs considèrent que ce mouvement est organisé pour sauver leur peau coûte que coûte.
Ce débat sur la taxation à hauteur de 75% des plus hauts revenus des 14 clubs de Ligue 1 concernés par ce projet de réforme est loin d'être terminé. Un bras de fer s'engage entre les présidents de clubs qui estiment que le football français traverse une crise financière importante (l'élite du football reste sur un déficit de 60 millions d'euros en 2012) et que le secteur n'a pas besoin d'être aussi touché et un gouvernement qui estime avoir fait des efforts pour limiter l'impact de cette taxe sur eux. La réunion au sommet de l'État de ce 31 octobre sera un acte décisif pour les suites de cette affaire.
Ce que les clubs devront au fisc si la taxe à 75% est validée (Huffington Post) :
Paris Saint-Germain : 20 millions d'euros
Olympique de Marseille : 5,3 millions €
Olympique Lyonnais : 4,9 millions €
LOSC Lille : 4,8 millions €
Girondins de Bordeaux : 3,3 millions €
Stade Rennais : 2,1 millions €
AS Saint-Étienne : 1 million €
Toulouse FC : 800 000 euros €
OGC Nice : 700 000 €
Montpellier : 200 000 €
Valenciennes : 150 000 €
SC Bastia : 150 000 €
AC Ajaccio : 50 000 €
En Avant Guingamp : 50 000 €